Le Pape et nous
Pour reprendre l’expression entendue maintes fois, les quatre jours qui se sont achevés le 28 septembre « nous ont fait un bien fou ».
Partout, les foules se sont déplacées à la rencontre du pape Léon, envahissant l’espace public sans rien casser, sans revendiquer ni invectiver. Sa visite apostolique a révélé un immense besoin de communion dans notre pays, et enchaîné les images et les mots forts, des mots et des images qui libèrent en chacun le meilleur. En acclamant l’homme en blanc, les foules ont moins ovationné un individu que ce qui les unit : le Christ, et le message de l’Évangile que sa fonction incarne.
Les gestes du Pape parlent, sa parole porte. Son bon sourire n’est pas synonyme d’angélisme : Léon XIV est incarné, présent aux réalités terrestres et aux défis actuels. Par sa sincérité, sa bienveillance et son parler clair il a su toucher tout le monde, croyant ou pas, et ouvert des brèches sur des questions sensibles (laïcité, IA, euthanasie, GPA…).
Au cours d’une veillée mémorable à Saint-Denis, devant 80.000 jeunes enthousiastes et assoiffés d’idéal, il a pointé « un style de vie qui pousse à tout avoir mais à n’être personne », ces réseaux qui font « recevoir quantité de « je t’aime » mais rester seul avec soi-même ». Dans une société partagée entre colère et désarroi, il a opposé à l’ère du vide, sans âme et sans repères, l’importance de retrouver le sens de l’existence, cet « oxygène de l’esprit ». Il a pris le temps d’écouter personnellement chacune des sept victimes de violences sexuelles dans l’Église.
Avec la tranquille assurance que lui autorise son humilité, il a énoncé cette vérité profonde : « ce qui est légal n’est pas nécessairement moral ». Aux malades, il a redit qu’« aucune loi humaine ne doit vous faire perdre la certitude de votre dignité ». Il a invité à ne pas se résigner à la mort programmée, sous couvert de compassion.
Dans un monde polarisé, il a plaidé pour la culture du dialogue, car aucune paix durable ne se construit sans l’autre ni contre l’autre. Il a encouragé à « reconnaître l’altérité comme une promesse et non comme une menace », un enrichissement mutuel et non une déperdition. Il a rappelé que la réussite d’une société ne se mesure pas à ses indices économiques, mais à la façon dont elle prend soin des plus fragiles.
Comme vous, j’ai été soulevé d’espérance en assistant devant l’écran à la veillée au Stade de France ; j’ai écrasé une larme en voyant la foule en liesse massée entre Champs-Élysées et Concorde, les dizaines de petits enfants qu’on lui présentait et qu’il bénissait comme si chacun était le seul.
Avec vous, faute d’être arrivé à temps pour obtenir mon « passe sacerdotal », j’ai suivi la file vers la prairie de Lourdes et reçu la communion, porté par la communion intense et douce entre le peuple chrétien et son Pasteur ; bloqué devant le pont de l’Accueil Notre-Dame, j’ai cueilli le sourire du pape dans sa limousine, vitre baissée, à quelques mètres de notre petite troupe, comme s’il était adressé à travers nous à tous les malades, les anciens, les empêchés de nos paroisses que nous portions dans nos prières, plein nos besaces !
Pour vous, à l’égal des Pères Vincent de Paul et Salomon, au coude à coude avec les 230 pèlerins de Brax, Pibrac et Léguevin, j’ai senti combien l’Église est belle quand on est Ensemble (avec ou sans majuscule, du Courbet ou d’ailleurs), différents et unis, encouragés et envoyés au nom de Jésus, et de son Vicaire sur terre. J’ai ressenti à quel point, à travers nos limites humaines, il est bon d’être ici, avec vous et pour vous, afin de servir la bonne nouvelle du salut…
Au début de l’année pastorale, quelles priorités tirer de cette visite apos-tolique pour notre communauté ?
- Cultiver la paix et l’unité : se rencontrer, prier, avoir les mots, poser les actes qui relient, construisent la communion dans la diversité ;
- Redonner du sens : faire des propositions pour aider les jeunes et les moins jeunes, ceux du dedans et ceux du dehors, à respirer l’oxygène de l’esprit ;
- Servir la dignité : aller vers les malades, les fragiles, les isolés, être présence fraternelle (du SEM à Simon de Cyrène en passant par le Secours catholique, et tant d’autres) ;
- Grandir dans la fraternité : favoriser une Église de terrain, ouverte à tous, proche, inventive… et missionnaire, déjà, par la joie qui l’anime.
Vous voyez, le voyage du Pape n’est pas un point d’arrivée mais une étape importante d’un chemin qui continue. Et le Chemin, c’est le Seigneur !
Votre curé

