Cette histoire commence au mois de juin 1950, j’avais, à l’époque, douze ans et à l’occasion de ma première communion, une Sœur de l’Ordre de Saint Vincent de Paul (les Filles de la charité), m’a offert une médaille de l’Immaculée Conception.
En la recevant, je me demandais comment l’appeler – « Madame Vierge » était trop solennel, « Marie » trop familier. Soudain, c’est comme si elle murmurait à l’enfant de l’assistance publique que j’étais : « Tu m’appelleras « ma mie » ». Étant sans repère, ni parent, ni instruction, je ne comprenais pas trop ce que cela voulait dire. Mais peu m’importait : c’était le premier cadeau de ma vie… et de la vie !
Cette médaille s’est aussitôt présentée comme mon guide, mon refuge et mon espérance. À chaque fois que j’avais besoin de son aide Ma Mie était là, dans les bons comme dans les mauvais moments, elle m’a toujours épaulé. Pourtant je l’ai perdue des dizaines et dizaines de fois, mais elle a su me revenir en temps voulu.
C’était il y a presque 76 ans et aujourd’hui elle me suit encore, un peu vieillie… mais toujours à mes côtés.
Durant ma vie, j’ai eu plusieurs épreuves à affronter, que ça soit des examens, des difficultés personnelles ou bien des baptêmes du feu.
Alors que j’étais de plus en plus influencé par des mauvaises fréquentations, qui allaient m’emmener petit à petit vers la délinquance, je fis la rencontre d’un homme. C’était lors de l’hiver 1957, alors que j’étais accoudé au bar le Savoie, place de la République à Paris, un homme m’interpela et me conseilla (sans aucun contexte apparent), de rejoindre la Légion Étrangère. Je ne sais pas pourquoi mais se fut pour moi comme une révélation, je n’avais aucune connaissance de ce milieu, mais je m’empressai d’aller m’engager au centre de recrutement de la Légion Étrangère au fort de Vincennes. Malgré un accueil plutôt froid, je signai sans réfléchir, comme si Ma Mie, pendue à mon cou, avait décidé pour moi.
N’ayant pas été scolarisé, il m’était difficile de briller aux examens, et pourtant sans même savoir écrire correctement, je les réussissais un par un. Ma Mie était là pour me souffler les réponses, toujours autour de mon cou…
Personne ne croyait en moi, et pourtant je l’ai fait. J’ai fini ma carrière Commandant honoraire, sans même avoir le certificat d’étude.
Certains diront que Ma Mie n’était pour rien dans cette histoire, mais moi je suis persuadé du contraire. Je me suis toujours accroché à elle et elle a toujours répondu « présente ». Sans elle je ne serais sans doute même plus là pour vous raconter son histoire, mon histoire.
La guerre ne nous épargne pas, peu importe le côté où nous sommes, en 1960 nous avons eu un sévère accrochage en Algérie, causant plusieurs morts et de nombreux blessés. Nous étions bloqués par la nuit, dans l’incapacité de rejoindre notre base, nous devions monter la garde mais je n’étais pas remplaçable sur mon autre poste. D’autres devaient monter la garde à ma place, cette situation a créé une vive altercation avec mon frère de légion avec qui je partageais tout et surtout avec qui nous n’avons jamais eu un mot au-dessus de l’autre.
Je décidai donc de m’isoler et de me confier à Ma Mie, afin de me raisonner sur cette situation, et d’un coup d’un seul, je suis allé monter la garde à sa place. Environ 30 minutes plus tard, un assaut de grande ampleur était lancé contre notre camp. Lorsque les armes sont devenues muettes, nous sommes venus me chercher pour m’annoncer que la majorité de notre section avait été décimée. Mon ami avait été touché, celui que j’ai remplacé pour éviter de se fâcher, lui en train de mourir dans mes bras alors que ça aurait dû être moi. Pourquoi ? Encore une fois, je suis convaincu que Ma Mie, toujours à mon cou, m’a sauvé la vie.
Des histoires comme celle-ci j’en ai une quantité phénoménale, et chaque fois, elle a veillé sur moi. Lorsqu’enfant, seul dans la vie, je devais dormir à la rue, je me suis toujours trouvé au bon endroit, elle m’a fait toujours rencontrer les bonnes personnes, elle m’a fait réussir des examens impossibles pour moi, elle m’a permis d’accompagner des personnes chères à mon cœur dans leur dernier moment, et surtout elle m’a permis d’être encore présent pour vous narrer notre histoire.
Je ne peux que la remercier pour tout ce qu’elle a fait pour moi.
La dernière en date, était il y a environ quatre ans, lorsque j’ai emménagé dans cette belle région de Haute-Garonne, pour me rapprocher de mes enfants. Cela faisait plus de dix ans que Ma Mie était égarée. Puis un jour, mon assistante à domicile a eu un empêchement, et n’est pas venue faire le ménage chez moi. Ma femme passe alors un coup de balai, situation anodine vous me direz, et là, dans son petit tas de poussière une sorte de pépin de citrouille attire son attention, elle le ramasse, et que voit-elle ? Ma Mie ! 10 ans après et plus de 500 kilomètres plus loin !! Comment est-ce possible ? Perdue dans le Cher retrouvé par terre à Pibrac. Elle ne m’a donc jamais quittée, même sans être autour de mon cou…. Une histoire d’Amour de presque 76 ans avec Ma Mie !
Je ne pourrais que rajouter ce petit mot d’espoir : croyez, accrochez-vous à Marie, et vous trouverez cette force merveilleuse qui vous porte, vous rassure, et vous donne le courage d’affronter les moments les plus difficiles de votre vie.
Marcel Vernet


